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Situation internationale à la lumière de la 8ème conférence sur la sécurité internationale de Moscou

Jeudi 20 Juin à l'École Militaire.



57 pays avaient fait le voyage de Moscou avec des délégations conduites pour la plupart par des ministres de la défense et chefs d’état-major. Créée à l’image de la Wehrkunde organisée chaque année à Munich, la MICS est boycottée par les Occidentaux depuis la crise russo-ukrainienne de 2014. Leur absence passe désormais inaperçue. Yves Boyer, invité en qualité d’expert, a pu ainsi observer l’émergence d’un monde post-occidental. Par exemple, lors de la session consacrée à la sécurité en Afrique et en particulier la zone sahélienne, l’action de la France dans le cadre de l’opération « Barkhane » n’a pas été mentionnée y compris de la part des ministres africains de la défense.


Les Russes estimant qu’ils ne peuvent plus se faire entendre, tournent le dos aux Occidentaux sans pour autant fermer les portes à un éventuel dialogue. S’ils le regrettent – la France continue de bénéficier d’une cote élevée, culture et langue française restent très estimées – ils « font avec » et amplifient leurs liens avec d’autres partenaires, en particulier dans le cadre de la « Route de la soie ». Ils continuent à pallier les effets de l’embargo des Européens par des substitutions nationales (en particulier des produits agricoles). Par ailleurs, ils ont entamé un pivot vers l’Asie et se rapprochent de la Chine avec laquelle un partenariat stratégique a été évoqué à différentes reprises et en particulier lors du discours du ministre russe de la Défense Shoïgu. Il résulte de cette situation un énorme gâchis pour l’Union européenne qui se trouve affaiblie à l’ouest par le Brexit et à l’Est par la place laissée vacante de la Russie sur l’échiquier européen.


Parallèlement, la tension monte entre les Etats-Unis et la Chine qui partage avec Moscou une appréciation commune de la situation internationale. Désormais, les Américains perçoivent la Chine comme un concurrent menaçant leur leadership mondial. En octobre 2018 le vice-président Mike Pence évoquant une « nouvelle guerre froide » avec la Chine reflétait l'évolution profonde de la communauté politico-stratégique américaine. Après des décennies d'engagement bilatéral et de collaboration multilatérale l'administration Trump a fait radicalement évoluer la position américaine en qualifiant la Chine de « puissance révisionniste qui cherche à déloger les États-Unis de la région indopacifique et à organiser un monde contraire aux valeurs et intérêts américains » (NSS).


En réaction, Vladimir Poutine, s’exprimant devant son homologue chinois Xi Jinping lors de la conférence économique de St Pétersbourg (7/6/2019), affirmait que les tentatives américaines de bloquer Huawei et d'arrêter le gazoduc Nord Stream 2 vers l'Europe s’apparentaient à des « raids économiques » et qu’elles « conduiront à des guerres commerciales qui pourraient aboutir à un conflit mondial ». Les hostilités se sont propagées dans les domaines technologiques et géopolitiques après que les Etats-Unis eurent décidé d'inscrire Huawei sur une liste noire commerciale, interdisant aux entreprises américaines de fournir du matériel et des logiciels au fabricant chinois. Cette déclaration inquiétante rejoint le sentiment exprimé par Phil Stephens, directeur du comité éditorial et commentateur politique du Financial Times peu suspect de sympathies à l’égard des Russes et des Chinois, selon qui « à moins qu'il n'y ait des règles de conduite communes pour éviter l'escalade, nous nous dirigeons vers une guerre carrément plus chaude ».


Yves Boyer revient sur la dimension culturelle, sous-jacente à l’échec récent des pourparlers commerciaux sino-américains. Les négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis ont échoué parce qu'existe un énorme écart culturel entre le deux pays, écart qui s’est manifesté à propos de la conception du rôle du droit. Du côté américain, les discussions impliquaient des avocats et des économistes du côté chinois, les uns et les autres avaient des conceptions très différentes de l'importance du droit dans l'accord final. Robert Lighthizer qui dirigeait l'équipe américaine, est avocat, il a insisté pour que les accords conclus soient inclus dans le droit chinois. Son adjoint Jeffrey Gerrish, est également un avocat, de même que Terry McCartin, représentant commercial adjoint pour les affaires chinoises. L'équipe chinoise, dirigée par le vice-premier ministre Liu He, étaient principalement constituée d’économistes, pour qui le langage juridique leur est peu familier. Le grand sinologue français Léon Vandermeersch nous rappelle que si la tradition chinoise a parfaitement formalisé les rites et la loi pénale, le droit lui est étranger. Cette différence de nature culturelle a fini par susciter une méfiance réciproque. Les Américains ont interprété le refus de la Chine de modifier certaines de leurs lois comme la preuve d'un manque de sincérité tandis que les Chinois ont considéré que l'insistance américaine sur l'action législative était humiliante et une atteinte à la souveraineté nationale.


Dans ce nouveau paysage des relations internationales la France peut encore jouer un rôle, à quatre conditions de demeurer un partenaire économique puissant ; de participer au rétablissement de la paix en Ukraine, en étant créatif ; de développer des partenariats avec la Chine ; d’influencer, non plus subir, la politique étrangère américaine.


En réponses aux questions de la salle, Yves Boyer a, notamment, fait valoir :

. Le risque d’attaque américaine en Iran existe, bien que l’ensemble des puissances n’y soient pas favorable. Nonobstant, la chine pourrait se satisfaire de l’affaiblissement qui en résulterait pour les Américains qui se sont épuisés dans les guerres d’Afghanistan et d’Irak qui ont représenté un cout exorbitant (de l’ordre de 20 milliards de milliards de dollars) sans aboutir à donner un avantage décisif aux Etats-Unis.

. La relance des relations des européens avec la Russie exige de la créativité afin de dépasser les querelles actuelles à propos desquelles les Russes et les Européens campent sur leur position sans que rien ne bouge. La politique actuelle à l’égard de Moscou n’apporte pas les fruits escomptés et il convient de la repenser.



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